Archive pour la catégorie ‘4ème étage’

h1

03:27

16 février, 2007

L’eau du bain est froide. La mousse a disparu. Depuis combien de temps suis-je ici ? Je suis gelée. Pétrifiée. Statue de chair. Je n’ai pas la force de bouger.

J’ai la chair de poule. Mes tétons sont durs et douloureux. Ma lèvre supérieure est tuméfiée. Ma chatte me brûle. Mon anus est déchiré. Lorsque je l’inspecte une fine traînée de sang se dilue dans l’eau. J’ai mal mais je ne ressens rien.

Je me suis longuement savonnée. Frénétiquement. Presque jusqu’au sang. Pour me débarrasser de cette odeur de sperme et de sueur. Besoin de me réapproprier ce corps qui pour quelques heures n’a plus été mien. Ce n’est pas mon corps qui exalte cette odeur mais ma bouche. Haleine mêlée d’alcool, de foutre et de latex. J’ai envie d’une cigarette.

Après quelques minutes à me remémorer la soirée, je trouve enfin la force de me lever. Pour aller vomir dans une cuvette de toilettes couverte de pisse, petite attention de mes visiteurs du soir. C’est immuable, je finis toujours par vomir. Le mélange coke et vodka ne m’a jamais réussi. Mais il m’aide à me transformer en cette chienne que j’aime détester être.

Je découvre une chambre sans dessus dessous. Sièges renversés et bouteilles vides. Dessous en lambeaux et préservatifs usagers jonchent le sol. Odeur de fauve. Je glisse sur une capote en allant ouvrir la fenêtre. J’allume une cigarette et contemple cette ville qui grouille. Magnifique spectacle de klaxons et de néons.

Je m’écroule sur le lit défait et commande à manger. Les draps sont moites et visqueux. J’allume un joint qui traine sur la table de nuit. Je saisis la télécommande de la télévision et zappe frénétiquement. Entre journaux télévisés, téléachat et films pornos. Je m’attarde sur une scène de gang bang crue et brutale. Succession de flashes. Je frémis.

Combien étaient-ils ? Je ne suis pas peu fière d’avoir épuisé mes hôtes. A qui croyaient-ils avoir à faire ? Ils se souviendront longtemps de la petite hôtesse de l’air française qui les a allumés dans ce bar populaire. Elle alimentera longtemps les conversations de vestiaires la chienne qui leur a vidé les couilles jusqu’à l’épuisement.

Mon regard se fige, captivé par la scène qui se joue à l’écran. Une jeune hardeuse grimace en encaissant une double pénétration anale. Je suis hypnotisée malgré moi. J’éprouve pour cette fille un mélange d’empathie, de jalousie et d’envie. Cette fille c’est moi. A l’exception près que je ne me fais pas payer pour me faire déchirer sous les coups de boutoir de mes étalons d’un soir.

Je suis perdue dans mes pensées lorsque l’on sonne à la porte. Je coupe le son et enfile un peignoir. Lorsque je lui ouvre, le garçon d’étage me dévisage avec insistance. Est-ce que je sens encore le foutre ? Non, sans doute est-ce mon visage défait et ma lèvre tuméfiée. Je saisis le plateau repas et cours chercher un pourboire en prenant soin de refermer la porte derrière moi.

En ouvrant mon sac à main je m’aperçois qu’un de mes visiteurs s’est allègrement servi dans mon portefeuille. Je fais demi-tour. La porte est grande ouverte. Le garçon d’étage inspecte du regard la chambre dévastée. Visiblement choqué, il menace d’appeler la direction de l’hôtel. Je ne veux pas d’ennuis. Je décide d’arrondir les angles. Je me retrouve à genoux et lui taille une pipe. Je ne suis plus à une pipe près. Sa queue pue le renfermé. Elle crache son venin en quelques secondes.

Je n’ai plus d’appétit. Je n’ai pas sommeil. Chez nous c’est encore l’après-midi. Dans quelques heures je reprends l’avion pour Paris et ma (double) vie d’épouse modèle. Son absence m’est soudainement insupportable. J’ai envie de son épaule réconfortante. J’ai besoin de sa tendresse. Je voudrais lui dire ce qu’il ignore de moi. Lui parler de mon autre, de la salope que je suis quand il est loin de moi.

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